Raconte mon histoire | Autour du film
338
page-template,page-template-full_width,page-template-full_width-php,page,page-id-338,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-10.1.1,wpb-js-composer js-comp-ver-5.0.1,vc_responsive
 

L’expérience cinématographique de la poésie filmée n’est pas un exercice courant. La thématique tragique du texte de Robert Boublil rendait la chose plus périlleuse encore. Le défi de ce film était d’employer le ton approprié, de mettre en relief la force du poème, et de sublimer le texte à travers l’image. Le risque, de ne pas trouver la juste mesure, celle qui servirait à la fois les émotions variées qui se croisent et s’entrechoquent dans ce poème.

 

Il y a d’abord l’innocence. Celle de la parole d’un enfant, encore très jeune, qui raconte avec ses mots un monde qui est sur le point de s’écrouler sous ses yeux. Des mots naïfs, mais des mots qui disent tout, avec une simplicité dont un adulte n’est plus capable. Il y a ensuite la mélancolie, lorsque Maurice évoque sa maison, sa famille, sa passion pour le dessin. Un passé chéri qui reprend vie quelques instants grâce à la magie du cinéma. Puis, c’est la peur, l’angoisse face à la violence d’autrui, chose inexplicable aux yeux de l’enfant. Enfin, c’est l’horreur, l’effroi, l’indicible.

 

Tous ces moments d’émotions extrêmes vécues par l’enfant, il fallait les retranscrire à l’écran, tout en respectant la dignité et la mémoire du petit Maurice, et celle de tous les enfants du Vel d’Hiv. En respectant également l’imaginaire, le merveilleux que véhicule toute poésie, et l’univers qu’elle construit. Nous avons choisi la sobriété, la retenue, la pudeur. Les seules voies qui à nos yeux nous permettaient de nous adresser au spectateur sans ajouter de violence à un texte qui l’était déjà éminemment. Une main d’enfant jouant du violon, un ballon dans un jardin public, un regard furtif à la caméra qui interpelle brièvement le spectateur. Des images de deux enfants qui se croisent.

 

Tous deux viennent d’un monde auquel l’autre est étranger. Mais les enfants, d’où qu’ils viennent, se comprennent en un regard. L’univers de l’enfance se heurte de plein fouet au paroxysme de l’horreur. L’innocence fait face à la barbarie. La barbarie l’emporte. Ce film est là pour en tracer la mémoire. Mais il est aussi là pour dire qu’il y aura toujours un autre enfant, pour porter en lui l’innocence et la joie de vivre.

Grégory Schepard et François Combin

Réalisateurs

Quand j’ai travaillé sur le sujet de Rachel Jedinak et de son histoire, je me suis dit qu’un jour prochain il n’y aurait plus de témoins vivants. Et je me suis posé la question : que se passera-t-il alors ? Qui s’occupera de ce mode de transmission ? J’y ai apporté une première réponse sous la forme de ce poème que j’ai écrit. Mais je me suis dit que si je me contentais de les publier joliment dans un recueil, au final très peu de gens le liraient. Alors j’ai pensé qu’un court métrage serait beaucoup plus efficace. Faire en quelque sorte de la « poésie filmée », avec tous les ingrédients contribuant à l’émotion: le texte bien sûr mais aussi la voix, la musique, les acteurs, les images. J’ai jugé que ce serait un bien meilleur outil de transmission. C’est ainsi que j’ai décidé de me lancer. Avec aucune autre ambition que de donner aux gens dont c’est le rôle de faire passer des messages, un objet beaucoup mieux adapté à notre temps.

 

Il y trois canaux dans lequel le film pourrait servir d’outil : le monde éducatif, les lieux et institutions de mémoire, et les media. Mais en fait il n’y a qu’une seule cible: les enfants et adolescents à qui on doit enseigner la Shoah. Autant dire leur faire le récit de l’impensable. 

Robert Boublil

Auteur et producteur

Il y a deux ans, Robert Boublil et Harold Levy ont écrit un texte qui retrace à la fois sur mon histoire d’enfant raflée – et miraculeusement sauvée par deux fois – et le travail que j’ai accompli pour soient apposées des plaques commémoratives sur les murs des écoles. C’est au dévoilement de l’une d’entre elles, dans le Marais, en octobre 2015, que le poème écrit par Robert a été lu pour la première fois. Par moi.

 

Les nazis et Vichy ont voulu non seulement assassiner ces enfants et les priver de sépulture, mais aussi effacer jusqu’à leur identité. Alors c’est vrai, à la suite du fameux discours de Jacques Chirac en 1995, j’ai beaucoup travaillé avec de nombreuses autres personnes, en nous appuyant sur le travail de Serge Klarsfeld, pour retrouver les noms des enfants et leur âge quand ils ont été envoyés à la mort. Et pour faire graver et apposer des plaques. Cela m’a demandé beaucoup de temps et d’effort, mais cela a aussi donné un sens à ma vie.

 

Aujourd’hui j’ai 83 ans et je témoigne encore autant que je peux, partout où la transmission peut et doit se faire. Mais bientôt il ne restera plus aucun témoin vivant. Alors il faudra faire autrement. Certes le récit historique, l’image d’archive, les oeuvres de fiction continueront de jouer leur rôle dans la transmission. Mais l’émotion? La révolte contre ce crime absolu qu’a été la Shoah, et le meurtre des enfants en particulier?

 

Le film ‘Raconte mon Histoire’ répond très bien à mon interrogation. Il évoque sans violence l’énigme de ce drame, surtout pour les enfants. Le film nous émeut, et parfois on pleure. Qu’il soit vu par des gens de mon âge ou par des jeunes, il provoque la même tristesse et nous laisse chaque fois dans le même silence interrogatif: Comment cela a t il été possible?

 

Quand il n’y aura plus de témoin vivant, ce film sera leur voix. 

Rachel Jedinak

Rescapée de la rafle du Vel d’Hiv

 

Voir l’interview de Rachel Jedinak par Robert Boublil pour le site Akadem

Download Premium Magento Themes Free | download premium wordpress themes free | giay nam dep | giay luoi nam | giay nam cong so | giay cao got nu | giay the thao nu